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20/01/2017

Recherche femme parfaite...en poche

"La folie, me dit-elle, c'est de faire toujours la même chose, mais en espérant qu'un jour il y ait un résultat différent."

Julie est une femme parfaite , mère, épouse , qui mène sa carrière tambour battant. Elle est profondément admirée par sa voisine, la narratrice,  photographe beaucoup plus bohème:"C'était insensé tout ce qu'elle était capable de faire en une seule journée. Avec gentillesse et l'air de ne pas faire d'efforts . Sans se plaindre . Et le sourire aux lèvres, s'il vous plaît !".
Mais un jour la belle mécanique s'enraye : Julie craque et se retrouve internée à Ste Anne. Diagnostic: "épuisement maternel aigu". anne berest
La narratrice commence alors une quête de femmes parfaites, cooptées par d'autres femmes, qu'elle photographiera en vue d'une exposition à Arles. Mais ce qu'elle trouvera au bout de sa recherche n'aura rien à voir avec le but attendu.
Avec humour et empathie, Anne Berest brosse le portrait de femmes de tous âges qui ont fort à faire avec leur féminité et la perfection qu'elles s’obstinent à atteindre, ou pas...Un roman joyeusement féministe, mené tambour battant , plein d'optimisme, de références et de conseils iconoclastes. Une galerie de personnages hauts en couleurs, (notamment une conseillère: Marie-Amélie Roussel,"sorte de psychanalyste concrète" qui vous donne son avis sur les choses" que j'ai tout particulièrement adorée) ,qui donne la pêche ! Un coup de cœur !

19/01/2017

C'est dimanche et je n'y suis pour rien...en poche

Le mort est le compagnon idéal, jamais jaloux, hargneux, mal luné, le mort ne vous décevra jamais. Il vous laissera lui tailler son costume de héros."

Léonore, la quarantaine venue, entreprend un voyage au Portugal , pays de son amour de jeunesse, tragiquement disparu.carole fives
Elle n'a rien construit, a abandonné ses rêves de peinture et semble caparaçonnée dans la culpabilité d'un passé douloureux.
Ce voyage, suivi au jour le jour, lui permettra-t-il de prendre son envol et de faire la paix avec elle -même ?
Dans un style à la fois enjoué et sensible, Carole Fives entrelace passé et présent, faisant revivre avec acuité les sentiments exacerbés de la jeunesse. Nous suivons pas à pas son héroïne, comprenons ses réticences, ses peurs et découvrons aussi tout un pan trop mal connu de notre histoire: celle des Portugais venus s'installer en France.
Un roman qui fait battre le cœur mais ne sombre jamais dans le pathos. Une réussite qui confirme tout le bien que j'avais déjà écrit sur les différentes œuvres de Carole Fives !

18/01/2017

Nue sous la lune

"J'étais ton inséparable jouet, ton yo-yo, et tu me maniais à la perfection."

Une femme a tout abandonné, son talent de sculpteur en particulier, pour se mettre au service, dans tous les sens du terme, d'une sorte de géant de la sculpture. Ce dernier, à la tête d'une communauté artistique où il accueille ses disciples, règne sans partage sur son cœur et son corps.
De cette emprise, elle tente de se défaire au début du roman.violaine bérot
Récit à la première personne, Nue, sous la lune, est un texte à la fois fiévreux et maîtrisé où une femme analyse avec minutie son enfermement volontaire dans une relation toxique. Il est parfois difficile de  faire prendre la mesure de tels liens mais Violaine Bérot,  en 118 pages denses , y parvient avec brio.

Nue, sous la lune, Violaien Bérot, Buchet-Chastel 2017, 118 pages piquetées de marque-pages.

15/01/2017

Le cas Malaussène 1 Ils m'ont menti

"Quand il n' y a plus rien à espérer d'une société demeure la création !"

Enfin, la tribu Malaussène est de retour ! C'est avec un plaisir mêlé d'appréhension (allions-nous retrouver la verve, l'humour, la liberté narrative (et lexicale ) enjouée des premiers épisodes ?) que j'ai ouvert cet opus en commençant par le répertoire, histoire de me replonger dans le bain malaussénien. Ensuite, vogue la galère !
Alors, oui, ils sont tous-là et surtout mes favoris : Julius le chien, réduit un peu à la portion congrue mais fidèle au poste et Verdun, qui nous avait valu un morceau d'anthologie, tout nourrisson braillarde qu'elle était et qui, devenue adulte, n'en est pas moins puissante.daniel penna,saga malaussène
L'histoire ? Un affairiste haut en couleurs et fort en gueule (toute ressemblance avec un certain Bernard T. ...) a été enlevé. Benjamin Malaussène, qui cornaque tranquillement un écrivain adepte de la vérité vraie, va évidemment se retrouver mêlé à cette affaire , bien malgré lui.
Benjamin a vieilli, les enfants ont grandi, le monde a terriblement changé et malgré un humour toujours présent, on sent une légère mélancolie, un désenchantement, qui se dégagent de ces pages. ça cavale à toute allure, ça défouraille mais, de on sent bien que notre anti-héros par excellence aimerait bien rester tranquille dans son Vercors...
Un excellent remède à la mélancolie,  pour faire la nique à la grisaille ! j'attends déjà le prochain volume avec impatience !


 

14/01/2017

La cache....en poche

"Chacun a essayé de s'échapper à sa manière. Cet espace clos, plongé dans le silence, rétif à tout rituel, iconoclaste et anachronique généra des rangées de boîtes de biscuits, des milliers de planches contact, quelques livres d'histoire et des études sur la phonétique ou les rapports aux autres."

Il faut accepter de se perdre (un peu) dans la chronologie et parmi les membres de cette famille qui, sur deux générations,va transmettre aux siens ses névroses et ses peurs. En effet,  l'antépénultième chapitre consacré à l'"Entre-deux"  éclaircit ,dans le labyrinthe de cette maison, à la fois refuge et prison, le secret du grand-père du narrateur.christian boltanski
Celui-ci, mettant en scène un faux départ, vivra en effet caché chez lui, en plein Paris, pour se mettre à l'abri des rafles visant les Juifs .
De ce traumatisme lié à l'identité, la famille ne sortira pas indemne, refusant de se séparer, recréant dans la voiture cet espace clos et sécurisant, quand il est impératif de sortir.
Christophe Boltanski, le neveu du plasticien Christian Boltanski, écrivant ce roman-vrai , brosse,  à travers le portrait d'une maison qui structure son récit (et devient un personnage à part entière),celui d’une famille hors-normes , à la fois marquée par l'Histoire et par la créativité.
Une expérience qui rend un peu claustrophobe, récompensée, à juste titre, par le prix Femina 2015.

12/01/2017

Une femme au téléphone

« Ah, j’en vire des hommes, qu’est-ce que je peux en virer ! j’en ai plein ma corbeille ! »

Une mère laisse des messages sur le répondeur de sa fille. Par le truchement de cette situation de communication perturbée ( autant que la narratrice !) se dessine le portrait d'une femme tour à tour dragueuse sur internet, mère envahissante, qui refuse de vieillir et fait preuve d'un humour, parfois noir « Il faut choisir, le cancer, la phlébite ou la dépression » , dévastateur.On devine très bien, en creux,  les réactions des interlocuteurs invisibles et le procédé n’est jamais pesant, bien au  contraire.carole fives,rapports mèrefille
Les revirements de la mère vis-à-vis de sa petite-fille, ses tentatives de culpabilisation i la mélancolie, la dépression qui s’immiscent entre deux tout cela sonne très juste.  L’émotion n'est pour autant pas oubliée, en particulier quand s'amorce une possible inversion des rôles.Ça cavale à toute allure et quand la fin arrive, on est tout étonné et un peu déçu car on aurait bien continué !
Carole Fives nous fait vivre des montagnes russes émotionnelles, c'est rondement mené, brillamment écrit (j'ai surligné à tour de bras) et ce roman file donc directement sur l’étagère des indispensables !

Une femme au téléphone, Carole Fives, Gallimard 2017

07/01/2017

Ma mère du Nord...en poche

"Ma mère se méfiait de sa sensibilité, comme ceux qui en ont trop. Elle la gardait à l'intérieur."

"Dans [ses] livres, [il a ]donné des nouvelles de [sa] famille." et termine par sa mère car "C'est toujours chez leur mère que se réfugient les gangsters après leur dernier coup."
Jouant sur l'homophonie entre mère et mer, Jean-Louis Fournier file la métaphore de météorologie marine, ponctuant son roman de titres de chapitres s'y référant. Il nous précise aussi que sa mère "était froide seulement à l'oral." et brosse un portrait nuancé de cette femme qui dut élever seule ses enfants et tenir un ménage à bout de bras, amoureuse d'un médecin alcoolique, généreux ,mais capable d'oublier la sortie exceptionnelle promise à son épouse. jean-louis fournier
Fournier, à son habitude, a le sens de la formule mais on le sent très solitaire et ce roman d'un vieil enfant, qui reconnaît volontiers n'avoir pas été facile à vivre, est plein d'une tendresse dont on sent qu'elle s'exprime presque malgré lui.Émouvant.

 

 

06/01/2017

D'après une histoire vraie...en poche

"Coiffées, maquillées, repassées. Sans un faux pli. Combien de temps pour parvenir à cet état de perfection, chaque matin, et combien de temps pour les retouches, avant de sortir ? "

En couverture ,des photos  d'une jeune fille qui pourrait être l'auteure. Le titre. De multiples références à la vie privée/publique de Delphine de Vigan (son précédent  roman basé sur l'histoire de sa mère, son médiatique compagnon, François Busnel), autant de références qui semblent accréditer l'idée de réalité. Et on entre de plain-pied dans l'histoire de cette narratrice(Delphine) qui ne parvient littéralement plus à écrire une ligne (pas même pour une liste de courses), qui va tomber sous l'emprise d’une femme , "plume" pour des people en mal de confidences. delphnie de vigan
Roman d'une amitié toxique, mais aussi roman qui interroge la soif d’histoires "vraies" de notre époque, le texte de Delphine de Vigan m'a bluffée dans sa première partie. J'ai été moins enthousiaste pour la fin, moins convaincante, même si placée sous les auspices d'un maître du genre, Stephen King. Il n'en reste pas moins que j'ai dévoré ce livre, même si j'ai beaucoup tardé à le chroniquer !

Clara et Cuné m'avaient donné envie.

05/11/2016

Carrières noires...en poche

"-D'abord l'ambassadrice et maint'nant l'protocole ! Au cas où vous vous seriez pas rendu compte, ici c'est pas vraiment les soirées de l’ambassadeur ici et moi, après mon ménage, personne m'a jamais offert de Ferrero Rocher !"

En décidant de cambrioler le coffre  de son employeuse, la vieille sénatrice Maes, avec l'aide de ses deux copines, aussi hautes en couleurs qu'elle, Josy, femme de ménage débrouillarde, ignorait qu'elle allait déterrer des secrets politiques explosifs.elena piacentini
Et des secrets, la ville de Lezennes , construite sur d’anciennes carrières, n'en est pas avare.
Le commissaire Pierre-Arsène Leoni ,prêt à quitter Lille pour retourner définitivement dans sa Corse natale, découvrant le cadavre de la vielle sénatrice, va devoir affronter les notables du coin. Ces derniers veulent en effet étouffer l’affaire et ne compromettre en rien la carrière politique du neveu de la morte.
Établissant un lien entre les carrières , labyrinthe mystérieux à la fois onirique et cauchemardesque et le monde d'en haut,pas forcément plus joli, Eléna Piacentini confère à son récit une dimension doublement inquiétante. Heureusement, Josy et tout le petit monde du quartier populaire de Lezennes où elle vit , procurent de brèves bouffées d'humanité et d'humour. L'inspection, façon match de boxe, de la femme de ménage  par un jeune blanc-bec féru de séminaires de management est un pur régal qui m'a bien fait glousser !
J’avoue avoir été un peu gênée au début par l'oralisation du discours de Josy et ses comparses, mais bon, c'est un coup à prendre et le reste du récit est tout à fait "normal" ,riche en métaphores et bien écrit. Un roman plein d'humanité. Un petit plaisir en poche à (s') offrir.

Déniché en médiathèque.
Une autrice dont je vais poursuivre la découverte !

Carrières noires, Elena Piacentini , Pocket 2016

 PS:Corinne Masiero serait une parfaite Josy si ce roman devait être adapté au cinéma ou à la télévision.

02/11/2016

Les petites reines

"- Mais comment tu peux avaler ça, toi, d'être élue Boudin du lycée Marie-Darrieussecq ? C'est dur...C'est vraiment dur quand même.
-Oh, je dispose d'une capacité de détachement surhumaine. je sais que ma vie sera bien meilleure quand j'aurai vingt-cinq ans; donc , j'attends. J'ai beaucoup de patience.[...]
Bon, sauf quand je suis un peu crevée, ou que j'ai mes règles ou un rhume; dans ces moements-là, OK, il peut arriver que je perde de mon imperméabilité."

Loin de se lamenter sur leur sort, les trois "Boudins "du Lycée de Bourg-en Bresse, alias Mireille, Astrid et Hakima, vont se lancer dans un périple à vélo qui les mènera jusqu'à la garden -party du 14 juillet à l’Élysée , où elles ont bien l'intention de s'incruster, chacune avec un objectif différent.
Comme elles ont le sens de l'autodérision, elles ont décidé pour financer leur expédition de vendre du boudin...clémentine beauvais
Progressivement, cette expédition va prendre de l'ampleur sur les réseaux sociaux, dans les médias et dépasser un peu ces jeunes filles auparavant ostracisées.
Avec un humour décapant, une pointe de féminisme, Clémentine Beauvais traite d'un sujet grave sans pour autant tomber dans les pièges inhérents à ce thème : la récupération de la transformation des corps de ces trois" boudins" (faites du sport, vous maigrirez) ou l'optimisme à tout crin.
Il se dégage de ce roman une belle énergie et l'écriture dynamique et imagée de Clémentine Beauvais contribue au plaisir de la lecture. Pas étonnant que ce roman soit couvert de prix ! Un grand coup de cœur, déniché à la médiathèque.

Les petites reines, Clémentine Beauvais, Éditions Sarbacane 2015, 270 pages toniques.