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11/09/2010

Assez parlé d'amour.... en poche

9782253157007-G.jpg"Je comprends que ce que je t'offre c'est d'avoir peur."

Assez parlé d'amour est un roman d'amour où des quadragénaires vont  être confrontés  au coup de foudre. Je vous entends  déjà soupirer. Assez parlé d'amour est un roman  écrit par un membre de l'Oulipo* , roman qui aurait pu s'appeler Les Dominos  Abkhazes car sa structure respecte les règles particulières  de ce jeu . Là vous vous arrachez les cheveux . Et vous avez tort . Car Hervé Le  Tellier  a  réussi  ici  un roman délicieux où  l'on trouve tour à tour  une "liste non exhaustive des achats d'Anna", un livre dans le livre: "Quarante souvenirs d'Anna Stein"pour  "accomplir l'impossible : ne plus te perdre  jamais" et ces souvenirs sont tout simplement magnifiques et plein d'émotion. On rêverait de  recevoir un tel livre...Sans  compter des informations drôles et saugrenues qui émaillent  le texte sans pour autant l'alourdir, des personnages qui sonnent justes et qui ont  tous un rapport très fort avec les mots, de par leur métier, mais pas  seulement. Beaucoup de délicatesse et d'humour, l'un des personnages, psychanalyste et psychiatre déclare  ainsi  à la femme qu'il aime  et qui se proclame folle: "- Je veux bien d'une folle.  J'ai toujours  rêvé de ramener du travail à la maison"**.
Alors, tout le mal qu'on souhaite à Hervé Le  Tellier c'est, comme l'espère l'éditeur de l'écrivain (son double? dans  le roman ) ,qu'il trouve son public.

* Ouvroir  de Littérature potentielle, dont les membres utilisent souvent des contraintes d'écriture, qui  ne gênent en rien la lecture !

** Sans le  faire  exprès, j'avais noté la même citation que toi, Cuné !:)

Assez parlé  d'amour, Hervé Le  Tellier, J-C Lattès, 280 pages, fines et tendres.

Du même auteur, je vous conseille : Joconde jusqu'à  100 et Les amnésiques n'ont rien vécu d'inoubliable,  tous deux au castor astral.

09/09/2010

Mauvais élève

417+MRc00ML._SL500_AA300_.jpg"A l'école, j'apprenais juste à voir les côtés moches de la vie. ça n'avait pas d'intérêt."

Mauvais élève !, pan !, comme un tampon sur la couverture du livre, comme un rappel de l'appréciation perpétuelle d'Arthus, petit garçon de dix ans , intelligent mais qui n'arrive pas à trouver sa place à l'école. Il est vrai qu'il n' a pas de chance non plus, doté qu'il est d'une maîtresse de CM 2 obnubilée par le programme à respecter, véritable machine à distribuer les punitions à tous ceux dont la tête dépasse et qui va bientôt faire glisser le petit garçon éveillé et curieux dans la catégorie des Invisibles, ceux à qui elle feint de ne plus prêter attention...
Heureusement Arthus a des atouts : ses parents, ses amis , son sens de la répartie et son amour de la beauté.
Audren, dans ce roman ne dresse pas un réquisitoire contre l'école. Non, par le personnage du directeur et par les réflexions des parents, le lecteur est amené à prendre conscience des difficultés de la maîtresse face à ces vingt-huit élèves, vingt-huit personnalités différentes auxquelles elle ne pourra forcément convenir.
En outre, malgré les difficultés, Arthus parvient toujours à rebondir et même à se rapprocher d'autres élèves dans la classe, élèves dont il appréciera finalement la personnalité :" Certaines personnes naissent avec le don de se rosir la vie. C'était son cas.  Sourire, charmer, aimer, s'amuser, partager, quel joli programme en fin de compte !".
L'auteur dresse avec finesse, sensibilité et humour un portrait tout en délicatesse d'un enfant qui prend  conscience des contradictions des adultes mais sait aussi profiter des instants de beauté, si fugaces soient-ils.

Il n'en reste pas moins que cette satanée Murielle, avec ses oeillères et sa volonté de mettre tout le monde dans le même moule m'a sérieusement agacée. Sa capacité à brider toute tentative de créativité de ses élèves m'a carrément fichue en rogne et m'a rappelé de mauvais souvenirs encore un peu frais...Car, même si je suis des deux côtés de la barrière, en tant que mère et en tant que formatrice, que je suis bien consciente, pour les vivre, des difficultés à enseigner, il n'en reste pas moins que l'étroitesse d'esprit de certains enseignants me hérissent sérieusement. Alors, évidemment, comme le remarque Arthus, il est plus facile pour certains parents de plaider la cause de leurs enfants, de par leur statut social, entre autres, face à ces tyranneaux de tableau noir, mais cela ne va pas sans difficultés et compromis.

Un livre pour redonner espoir aux enfants "qui ne rentrent pas dans le moule" et à leurs parents.

Un livre qu'il ferait bon aussi glisser dans chaque cartable d'enseignant...

Un vrai et grand coup de coeur !

Mauvais élève ! Audren, Neuf de l'école des Loisirs, 2010, 127 pages nécessaires.

 

 

06/09/2010

La belle Adèle

"Qui aurait parié un sou sur sa capacité cataclysmique ? "

Pour s'intégrer , se fondre dans la masse et mieux supporter "la dictature du collège", Adèle et Frédéric, qui sont juste amis depuis la maternelle décident de faire semblant d'être un couple. Cette stratégie fonctionne au delà de  leurs espérances jusqu'à ce qu'Adèle se fasse rattraper par le battement d'ailes d'un papillon, enfin par les conséquences du cadeau d'anniversaire de sa tante..

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La belle Adèle , d'abord édité en épisodes à lire sur téléphone portable , ce qui lui donne un rythme trépidant fort plaisant, aborde les thèmes de l'éveil de la féminité, de la célébrité passagère (subie) et insiste sur la disproportion pouvant exister entre un acte apparemment anodin et ses conséquences.
Mais à force de cavaler  à toute allure les personnages , tout plaisants qu'ils soient, n'ont pas le temps d'être approfondis . Quant à la fin, plutôt télescopée ,elle résoud en un tour de main un problème grave et du coup perd toute crédibilité. Un roman qui possède donc les défauts de ses qualités .

La belle Adèle, Marie Desplechin, Gallimard 2010 , 155 pages  qui plairont sans aucun doute aux collégiens.

L'avis de Clarabel.

03/09/2010

Zélie et les Gazzi

"Et comme ils s'ennuient, la journée se termine régulièrement par une bagarre."

Les Gazzi ? Des bandits à la petite semaine , des gamins dans des corps d'adultes, plus bêtes que méchants et qui , alors qu'ils projetaient un kidnapping ,vont se retrouver à quattre pattes en train de créer des déguisements avec Zélie , la fille de la couturière.
Evidemment , comme nous le montre la couverture, la petite fille va prendre le dessus , car elle est bien plus maligne que ces bandits d'opérette  !41pMPhCENeL._SL500_AA300_.jpg
Comment lutter contre l'ennui, source de bien des ennuis ?  Adrien Albert, aux commandes du texte et des dessins ( d'une fluidité remarquable) nous propose une solution qui plaira sans doute aux enfants  en âge de lire la collection Mouche , mais pas qu' 'à eux !
Beaucoup de vivacité et d'humour, un régal !

Zélie et les Gazzi, Adrien Albert, Mouche de l'Ecole des loisirs 2010 .

02/09/2010

Grandir

Bien sûr, il y eut des fêlures , mais quand la mère, âgée, devient fragile, que la relation de "dépendance" commence à s'inverser, c'est l'occasion pour chacune d'elle de Grandir d'une manière différente et d'apprivoiser le temps qui passe .31PfXVGmQjL._SL500_AA300_.jpg
Avec beaucoup de pudeur et d'élégance Sophie Fontanel nous livre ce beau récit entremêlant souvenirs heureux et découverte d'un tout autre univers, celui de la vieillesse et de ses aléas, en complet décalage avec le monde futile de la monde dans lequel évolue la narratrice. Des chapitres courts, comme autant de vignettes, pour dire la tendresse et les jolies choses dont il faut se souvenir, pour s'en servir comme d' un viatique.
A mille lieues de l'univers habituel (chichiponpon )de l'auteure.

Grandir, Sophie Fontanel, Robert Laffont 2010, 145 pages réconfortantes.

Merci à Stéphie pour cette découverte.

Antigone a aimé aussi

Une belle surprise pour Papillon

Un coup de coeur pour Keisha !

01/09/2010

Fugue

"Il faut beaucoup de temps pour découdre les mauvaises raisons."

A force de crier le prénom de sa fille qui s'est échappée de l'école le jour de la rentrée, Clothilde a perdu sa voix.
Et c'est tout un bel équilibre qui s'effondre car la jeune femme va provoquer tour à tour l'incompréhension de son père, de son mari et de sa meilleure amie en refusant de se soigner à marche forcée. Elle sent en effet qu'il lui faut prendre son temps pour retrouver sa voix et sa voie ca ,paradoxalement, le chant va entrer dans sa vie et prendre une place prépondérante.
Qu'elle est attachante cette Clothilde qui , à son rythme, faisant fi pour une fois des contrariétés qu'elle engendre chez les autres en ne leur renvoyant plus l'image qu'ils avaient d'elle, va distiller les événements et tranquillement s'insurger  : "qu'est ce que je disais de si important que vous voulez entendre ? ". Elle va posément, en acceptant les opportunités qui s'offrent à elle, retrouver le chemin de sa vie , fuguer tout en restant chez elle, ne plus se contenter d'être la fille , l'épouse , la mère, voire l'amie, à la vie bien lisse.
Aucun ressentiment pourtant, aucunne revendication forcenée, non juste un constat simple et lucide du besoin de consacrer son énergie à quelque chose qui la fasse se sentir en harmonie, qui la révèle à elle même, tout en la reliant aux autres.FUGUE_BD.jpg
Ainsi le titre du roman, Fugue, joue-t-il sur la polysémie de ce mot. La fugue c'est bien sûr l'escapade initiale de la fillette mais aussi le morceau de musique qui tisse des liens de par sa structure, comme le roman le fait ici, multipliant les points de vue et éclairant de manière très subtile la personnalité de ces femmes et de la constellation familiale et amicale qui l'entoure.
Un très beau texte, empli de poésie, où s'engouffrent des moments exotiques et colorés, un roman d'une grande justesse psychologique , un magnifique portrait de femme.
Un livre lu et relu, dont j'ai extrait une flopée de citations .
Notons au passage un petit clin d'oeil qui fait le lien avec le précédent roman de Anne Delaflotte- Mehdevi : "Le temps pouvait bien passer, tout lui prendre, elle avait chanté, comme un cuisinier cuisine, comme un maçon construit bien, un relieur relie, un marathonien  arrive au terme de sa course."

Fugue, Anne Delaflotte Mehdevi, Editions Gaïa 2010, 336  pages sereines et pleines de vie (un viatique? )

La relieuse du gué, c'est ici !

Pour découvrir la lecture du chapitre 1 de Fugue, c'est ici.

 

31/08/2010

Babyfaces

"Tu n'es pas grosse. Tu es puissante."

Pas facile la vie de Nejma. Même si elle n'est pas violente, tout le monde la craint  dans son école primaire, car moche, mal habillée et renfrognée, ça fait beaucoup pour une seule fille . En plus, la voici accusée d'avoir salement amoché Jonathan Suyckerbuck, grand amateur de catch !
Il lui faudra accepter l'aide  de son ami, le freluquet Raja et d'Isidore , le vigile du supermarché, pour se sortir de cette sale affaire et même se sortir du marasme qu'est sa vie.31fm1bkQZNL._SL500_AA300_.jpg
Marie Desplechin prête toujours une attention particulière aux habitants de ce qu'on appelle "les quartiers", ces ensembles clos, excentrés, qui enferment les populations et les isolent. D'où l'importance d ela passerelle qu'emprunte Nejma et qui exerce parfois sur elle une fascination un peu morbide.
L'auteur s'est ici penchée sur le phénomène du catch , nouvel engouement des enfants, en particulier dans les quartiers populaires. Pas question pour autant de cautionner un phénomène qui peut s'avérer dangereux -voir l'accident de Jonathan et la fermeture (un peu trop) providentielle de l'école de catch. C'est dans un autre sport que Nejma trouvera sans doute sa rédemption.
Malgré la gravité de la situation décrite, Marie Desplechin parvient toujours à montrer à ses personnages une lueur d'espoir, reposant sur la solidarité et la fraternité. Seule, Nejma ne peut rien. C'est en s'ouvrant sur les autres et en acceptant leur aide qu'elle parviendra à s'en sortir. Un livre généreux et chaleureux. On n'en attendait aps moins de l'auteur de La prédiction de Nadia ,qui se déroulait aussi dans ces quartiers d'Amiens.

Babyfaces, Marie Desplechin, Ecole des Loisirs, collection neuf, 2010, 139 pages

29/08/2010

Vivement l'avenir

"La vie m'apprend de force, et c'est tant mieux."

Alex, jeune femme trentenaire volontairement sans amarres, a atterri un peu par hasard chez Marlène. Marlène , la forte en gueule qui malnène avec une belle ardeur la langue française et son mari , sans oublier celui qui lui pourrit un peu beaucoup ses rêves, son beau-frère handicapé, rebaptisé  affectueusement Roswell par Alex.7da8bf3429_roger.jpg
Bien qu'elle s'en défende, la jeune femme va s'attacher de plus en plus à ce Picasso en volume ainsi qu'à deux autres garçons de son âge , Cédric et le Mérou, qui font le désespoir de leurs parents à osciller entre glandouille et chômage.
Cette rencontre sera peut être le déclic qui donnera envie à ces trentenaires angoissés de se lancer car "Combien de gens s'abonnent au malheur, tout seuls, comme des grands, et ne résilient plus jamais l'abonnement ? "
Des personnages sans prestige mais pas sans panache , une vie quotidienne parfois tristouille mais qu'il suffit de bousculer un peu pour la faire briller de nouveau, redonner un peu de lustre aux rêves du passé, voici un joli programme que nous propose Marie-Sabine Roger. On y croit le temps du livre et on collecte avec plaisir les citations comme autant de gri-gri pour les jours sans.
La construction alterne les points de vue et génère le sourire qand on voit comment une même situation peut être interprétée différemment par les protagonistes.
J'ai particulièrement apprécié le rapport aux mots qu'ont les personnages: Alex qui mine de rien rectifie les expressions de Marlène, qui s'enferre de plus belle, Le Mérou qui dispose de certains mots  définitifs, mais aussi la poésie qui se fraie un chemin à travers le langage entravé de Roswell...Une écriture qui n'en fait jamais trop et ne tombe pas dans la joliesse, un très beau moment de lecture.

Vivement l'avenir, Marie-Sabine Roger, Editions du Rouergue, la brune 2010 , 302 pages  Sschuper ! comme dirait Roswell.

Un grand merci Dame Cuné !

 

 

27/08/2010

'Ta mère

Des fils, des mères, dont les destins s'entrelacent pour échapper à l'armée russe, pour échapper à la guerre en Tchétchénie, pour retrouver une mère dans une Saint-Péterbourg  étouffant sous la chaleur et sous les bâches de la grande rénovation en vue du tricentenaire de la ville.
Mais peut-on échapper à son destin et à la violence dans une ville conçue pour que chacun soit exposé au regard de tous ?41z7kw3aHxL._SL500_AA300_.jpg
'Ta mère tisse le destin de trois garçons qui peinent à trouver leur place dans un monde où toute échappatoire semble impossible. Des brèches semblent s'ouvrir mais c'est pour que les mâchoires d'un piège cruel se referment sur le fugitif . La violence est omniprésente, elle sature ce récit qui pourtant ne sombre jamais dans le voyeurisme ou la complaisance. Un récit qui orchestre différents points de vue , sans que l'on se perde, et établit un lien entre Brésil et Russie  , justifiant ainsi que ce roman se déroulant à Saint-Pétersbourtg été écrit par..un Brésilien ! Un roman âpre et fort, où l'amour et la tendresse ne sont que de faibles lueurs mais dont les pages résonnent longtemps en nous.
A découvrir absolument !

'Ta mère, Bernardo Carvalho, traduit du brésilien par Geneviève Leibrich,  Editions Métailié 2010, 216 pages ardentes.

24/08/2010

Corps

"Je suis pour elles une étrangère et une intime. Le paradoxe incite à la confidence."

Du corps de Monika, la narratrice qui travaille dans un institut de beauté, nous ne connaîtrons rien. Ou presque. Juste les souvenirs d'enfance, au seuil de l'adolescence ,quand la fillette mesurait sa féminité à l'aune des femmes qui l'entouraient, soeur, mère ou voisine.41d+ohHSWxL._SL500_AA300_.jpg
Aujourd'hui, c'est elle qui regarde et surtout qui écoute des clientes jamais satisfaites de leurs corps. Un corps qui n'est jamais en adéquation avec les critères en vogue. Des corps dont Monika interprète la matière, la langueur, et pour qui elle a beaucoup d'empathie, à de rares exceptions près.
En tissant les souvenirs de l'esthéticienne aux confidences de ses clientes, Fabienne Jacob évite l'aspect "succession de portraits" et confère une vraie chair à son roman. Son style , parfois rude mais aussi sensuel, peut parfois heurter mais j'en retiendrai surtout son adéquation avec l'exploration de ce territoire de l'intime. Une jolie découverte que j'ai envie de poursuivre en lisant les recueils de nouvelles de l'auteure. Un livre, pour lequel j'aurais eu un vrai coup de coeur s'il avait davantage développé l'aspect tactile du métier évoqué.

Corps, Fabienne Jacob, Buchet-Chastel 2010, 157 pages.