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24/04/2008

"Posture, Ailsa, posture !"

Baby-boomers, Ailsa , la flamboyante féministe et Humphrey le "démodé, confortable, honnête" professeur de biologie marine se rendent,  chacun de leur côté dans une université située au bord de la mer du Nord, université qui va les mettre à l'honneur.51E_0e7SV0L
Dès l'enfance, leurs destin  se sont noués au bord  de cette mer "où il faut être fous pour se baigner " mais qu'ils adorent. Tout au long d e leur vie, ils auront connu des rivages plus cléments mais des parcours plus agités...
Ce voyage leur  donne l'occasion de revenir  sur  leur passé commun ou non, tandis que dans le  récit intervient un mystérieux orateur public qui  semble tirer les ficelles...
réflexion tendrement teintée de mélancolie, La mer toujours recommencée nous montre que l'enfance et  ses blessures vivent toujours en nous , même dans  nos corps de sexagénaires, et que l'intranquillité n'est pas l'apanage de  l'adolescence.
L'écriture superbe de Margaret Drabble charrie les métaphores marines,écriture tour à tour malicieuse et pleine d'empathie pour ses personnages tiraillés entre ambition  et lucidité. Un charme insidieux.So british.

21/04/2008

Post-it

"Parfois on dirait que c'est plus facile de poser les questions par écrit pour te demander comment tu vas et comment ça se passe avec le médecin, tout ça".41kL4sHcG7L
Claire, quinze ans écrit cette remarque sur un des post-it, qui constitue l'échange de "correspondance" qu'elle entretient avec sa mère très(trop) occupée par son travail, sa mère qui l'élève seule depuis le divorce.
Si au début,le quotidien apparemment sans importance apparaît( listes de courses, demandes (pressantes) d'argent  de poche), c'est finalement toute une vie qui  se devine par pointillés, une vie qu'il nous faut reconstituer, une vie qui devient de plus en plus précieuse quand la maladie fait son apparition...
Life on the refrigerator door , traduit en français par le plus sentimental  Ne t'inquiète pas pour moi, de la canadienne Alice Kuipers, a donc une forme originale, cet échange de post-it, qui m'a  vraiment intéressée. Franchement je craignais le pire quant au contenu mais l'auteure ,si elle frôle de justesse le pathos à la toute fin du livre, si elle aborde le cancer d'une manière très américaine (groupes de soutien), nous montre aussi les relations cahotiques entre une mère qui se bat contre la maladie et une fille tiraillée entre ses amours débutantes et les besoins maternels. Rien n'est idéalisé,la mère jette un regard en arrière qui n'a rien de bien optimiste et la fille utilise son père comme solution de repli...
Un livre touchant , qui se lit très vite, trop peu être si l'on compare le nombre de pages et le prix... A noter qu'il existe avec deux couvertures différentes (par leur couleur uniquement), suivant qu'on le trouve en collection adulte ou ado.

09/04/2008

aquarelle

Par petites touches, dans une langue très poétique et jamais démonstrative, Wtaya Risa évoque le temps de l'adolescence.51mmMMomaEL
Son héroïne, refuse de se laisser absorber par un groupe quelconque : "Je n'aime pas être laissée de côté, comme un rebut, mais ces groupes, je déteste cela encore plus. A peine sont-ils constitués que déjà il faut colmater les  brèches." Son regard acéré sera néanmoins attiré par un autre "mouton noir", jeune qui vit quasiment en autarcie  dans sa chambre et qui n'a d'yeux que pour une baby-doll sucrée dont les japonais ont le secret.
Traitant des problèmes de communication , de la fascination stérile pour des idoles de pacotille, L'appel du pied  a remporté au Japon l'équivalent de notre prix Goncourt (alors que son auteure n'avait que 19 ans  !) et vient de sortir en poche. A ne pas laisser passer !

Du même auteur, Install, dont j'avais parlé ici.


08/04/2008

Chick litt pour quinquas (et pous les autres aussi !)

Ce n'est pas la couverture clinquante (et qui n'a d'ailleurs aucun rapport avec le contenu) qui m'a attirée dans Pas de mari pas d'ennuis mais d'une part le titre accrocheur en diable par sa désinvolture joyeuse et d'autre part la promesse de lire de la littérature légère destinée aux quinquas (je ne fais pas encore partie  de cette tranche d'age mais j'en approche à grands pas).516h_l3qqyL
Ici cependant, pas de littérature jubilant sur le thème de"la vie commence à 50 ans" mais un roman davantage axé sur la volonté d'assumer son célibat .
Carol Clewlow a choisi la forme de l'abécédaire de "A comme attitude" à "Z comme zing, zing, zing". mais si les 100premières pages fourmillent d'indications drôles et pertinentes concernant les"vieilles filles" ,( qu'on a voulu entre autres déporter pour éviter de supposés problèmes, les femmes étant en surnombre !), le récit à proprement parler s'affranchit de cette contrainte et prend son essor.
Riley a su tirer les leçons de son passé (les avantages de l'âge !) et revient avec humour et tendresse sur ses histoires d'amours défuntes sans pour autant se donner le beau rôle.Le récit se teinte parfois  de gravité mêmes i les personnages pittoresques qui gravitent autour de l'héroïne ne manquent pas : de la  veuve éplorée qui réécrit l'histoire de son couple cahotique à la copine new-age qui  s'épouse elle-même !
Quant à Riley, si elle travaille dans un journal (gratuit) elle n'est pas du tout glamour mais pleine d'énergie et sympathique en diable !
L'auteure réussit, même si la fin est prévisible, à rester fidèle aux convictions  de son héroïne,ce qui est tout à son honneur ! De quoi passer un bon moment sans prise de tête.Et ce qu'on ait cinquante ans ou moins !

07/04/2008

"Toute en fourrure et sans culotte comme disait ma mère"-

Si on ajoute des seins en obus à la description précédente, on comprend que Valentina fasse tourner les têtes des hommes y compris celle de Nikolaï, veuf depuis deux ans !9782848930503
Oui mais voilà Nikolaï  est nonagénaire  et ses deux filles, fâchées pour une question d'héritage ,vont se rabibocher vite fait pour faire front et lutter contre l'envahisseuse ukrainienne qu'elles soupçonnent d'aimer davantage la nationalité anglaise ( qu'elle  pourra acquérir par son mariage) et la société de consommation, que leur père.   
Une brève histoire du tracteur en Ukraine est aussi le titre du livre  qu'est en train de rédiger le veuf joyeux et les extraits qui  nous en sont donnés éclairent d'un jour nouveau l'histoire de ce pays de l'est dont la famille est originaire mais aussi celle du monde. En effet, cette famille a connu les tourments de l'Histoire, que ce soit sous la botte nazie ou sous celle de Staline qui organisa sciemment une famine pour mettre au pas  les paysans ukrainiens.
La plus jeune soeur, Nadezhda (espérance), est celle qui  est née durant la Paix et a connu une existence plus protégée, confortable et se montre  plus révoltée que Vera qui elle a connu la guerre. Ces différences s'éclaireront petit à petit quand la cadette se penchera sur le passé de ses parents.
Marina Lewycka  propose aussi une réflexion toute en nuances sur les différences opposant les immigrés "anciens" et ceux qui arrivent de nos jours en Grande -Bretagne.
On sourit beaucoup, entre autres quand la narratrice, Nadezda, décrypte les tentatives de manipulation de son père lors des conversations téléphoniques, ou quand elle se délecte à choisir des cadeaux de Noël pour "l'ennemie"  : "j'emballe un flacon de parfum bon marché particulièrement immonde que j'ai gratuitement dans une promotion du supermarché" , mais bon,son avis sur elle évoluera aussi,  on est ému par la détresse de certains personnages et on dévore d'une traite ce roman plein de rebondissements !

04/04/2008

Attention, chef d'oeuvre !

Si la courte  nouvelle de Charlotte Perkins Gilman n'était qu'un texte fantastique, elle searit déjà à mettre à la hauteur du Horlà de Maupassant.51t1fYI108L
Mais comme le montre la lumineuse postface de Diane de Margerie, La séquestrée est bien plus qu'un exercice  de virtuosité.
Cette femme qui visiblement souffre de dépression post-partum est isolée par son mari médecin dans une ancienne nurserie  mise à mal, de  bien étrange façon, par ses précédents occupants. Mais  c'est le papier peint surtout qui fascine l'héroïne et la fait sombrer dans d'étranges réflexions. Quant au bébé, mentionné deux fois en passant et de manière bien désinvolte, il n'est qu'un prétexte à cet enfermement. ce qui se joue ici est davantage de l'ordre d'une lutte , d'autant plus sans merci qu'elle est souterraine, entre l'Homme , dominateur qui a la science de son côté et la Femme  apparemment soumise à son destin naturel , la procréation.
Diane de Margerie met aussi en lumière la vie hors du commun de l'auteure : elle fait attendre 25 ans son fiancé avant de l'épouser et de lui donner une fille. Fille qu'elle confiera après son divorce à son mari et à la nouvelle  épouse de celui-ci, qui n'est autre que sa meilleure amie !
50 pages de pur bonheur !

L'avis de Lily

01/04/2008

Kaleïdoscope

"Mais comme le dit si bien Anton, c'est un quartier multiculturel, mais absolument pas interculturel; ici  personne ne  se mélange." Ce aurtier c'est celui de  Lavapiès, en plein coeur de  Madrid. Et dans Cosmofobia, Lucia Extebarria nous invite à le découvrir à travers une multitude de personnages (merci le Dramatis personae de la  fin qui les récapitule !) qui le compose.51q9sJOMuAL
Cet aspect protéiforme correspond tout à fait au fond : chacun nous présente un fragment de la réalité selon son point de vue et nous retrouvons de fragments en fragments des faits ou des personnages déjà rencontrés.
Si au début  j'ai beaucoup apprécié cette manière de faire, n'étant pas du tout gênée  de  devoir attendre avant d'identifier les narrateur, finalement, je me  suis retrouvée engloutie sous la masse des personnages.
D'autre part si au début du roman, l'aspect multiculturel est bien présent et décrit de manière très vivante et colorée, j'ai trouvé que la fin était par trop  consacrée au monde clinquant de la mode  et des people. Cinquante pages en moins et cela  aurait été impeccable.  Mais je suis sortie  de Cosmofobia légèrement groggie,comme si j'avais eu la gueule de bois, thème qui revient souvent dans ce roman  ...

27/03/2008

La fille du cannibale, la femme du disparu

La disparition soudaine du mari de Lucia Romero, auteure de livres pour enfants va la lancer dans une enquête qui deviendra bientôt un prétexte à une réflexion sur l'identité de ceux qui nous entourent mais aussi sur la notre.Comme dans un cauchemar, il  semble que les marches des escaliers se dérobent sous ses pas, au fur et à mesure qu'elle avance dans sa quête de vérité.41CgSmcdG1L
La fille du cannibale , de Rosa Montero, est aussi une réflexion sur les différents âges de la vie, symbolisés par les deux personnages qui aident Licia la quadragénaire : le jeune et séduisant Adrian, et l'octogénaire Félix qui  a déjà  vécu plusieurs vies: anarchiste et torero.
Entrecoupé par les récits de Félix, le récit avance de rebondissement en péripétie et le "pauvre" Ramon (le disparu) semble parfois oublié...Mensonges, secrets  sont au rendez-vous ,  et personne, y compris le lecteur, ne peut jamais être sûr de la véracité des faits relatés...
Les digressions sur l'histoire  des anarchistes en Espagne m'ont paru parfois longuettes mais le style est enlevé et la réflexion intéressante. Lucia, au terme  de cette quête, se ne définira plus par rapport  aux hommes  qui l'entourent (fille de, femme de ...)et  aura gagné en sérénité : "Ce doit être  la maturité : il me semble que je me réconcilie avec la vie, et même avec l'obscurité de la vie."
Je n'avais pas accroché avec La folle du logis de la même auteure, mais je sens que dès que j'aurai un p'tit creux, je réessaierai...

L'avis de Clarabel

25/03/2008

Y a une fille qui habite chez moi .

Vous connaissez tous la chanson de Bénabar où le narrateur se rend compte progressivement qu'une fille habite chez lui à travers différents indices.  Hé bien le début du roman d'Erlend Loe Autant en emporte la femme ressemble un peu à ça mais en plus radical. Marianne "débarquait le soir même. pour  emménager. avec douze cartons de taille moyenne et une commode ocre." Bon, nous les filles savons qu'il faut parfois forcer un peu le destin mais là, elle y va fort, Marianne ! Nous entrons alors dans un univers à la logique folle où le narrateur nous explique calmement : "Je me décidai à tomber raide dingue amoureux d'elle. Voilà."9782264043023
De discussions absurdes en voyage impromptu, leur relation cahote de l'exaltation à la déception : "Le voile d'éternité qui enveloppait notre relation se ratatine.Je reconnais que nous sommes éphémères tous les deux."Avec un flegme très britannique norvégien, le narrateur subit sans broncher les décisions illogiques de sa dulcinée jusqu'au jour où ...
Lu d'une traite ce roman m'a permis d'entrer avec bonheur dans l'univers si particulier d'Erlend Loe (j'avais connu un échec avec Naïf. Super.) .Les phrases juxtaposées donne un style faussement naïf justement et très décalé à cette histoire d'amour mais une poésie très gaie se dégage de ces pages .

20/03/2008

"S'il était possible de boire la vie, je la buvais"

Sur la couverture (très réussie)  une cerise en manque de sa jumelle. A l'intérieur un très joli roman qui m'a permis de  découvrir,  grâce à Fashion, Laurie Colwin.41UgezwA_xL
Accidents est le  récit en trois étapes d'une  remontée à l'air libre d'une très jeune femme, Elisabeth, après le décès accidentel de son casse-cou de mari.
"Je ne voulais pas  de compassion ni  de marques de sympathie, ni des bras de  quasi-inconnus  autour de moi pour faire face à un événement si  grave qu'il n'y avait pas  besoin d'en rajouter. les  jours passant, je me  suis rendu compte que le chagrin est métabolique :  il rampe en vous comme  une maladie et vous enlève votre  énergie.Puis il rassemble sa  force et frappe comme une migraine soudaine ,  comme  un accident  de voiture*, comme  un gros rocher plat que l'on vous aurait lancé à la poitrine." le ton est juste, se maintenant sur le fil du rasoir sans tomber dans l'auto-complaisance  où le pathétique.
Néanmoins,j'ai trouvé que la narratrice se répétait beaucoup (elle  insiste sur  la jeunesse de leur couple, trois ans de mariage, comme pour se justifier de renouer si vite avec la vie ,avec l'amour). J'ai  beaucoup aimé la dernière partie  du texte dont j'ai trouvé les personnages lumineux.
Merci Fashion pour cette découverte que je vais poursuivre,  la médiathèque ayant la  bonne idée de posséder plusieurs ouvrages de Laurie Colwin.

*  d'où le  titre  français, plutôt plat et banal  pour traduire ""Shine on, bright and dangerous object" ?