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26/02/2007

L'Austenite gagne; le Pelletierisme aussi...

Au tout début de Tirez sur le caviste,le  narrateur tue sa femme  qui a raté une fois de  trop le céléri rémoulade. Ce devrait être  horrible mais tout l'art de Chantal  Pelletier est de nous entraïner à un rythme effréné et avec le plus grand  naturel dans les situations les plus scabreuses , le tout assaisonné d'un humour féroce.
Nous suivons donc sourire aux lèvres la suite des aventures de notre assassin qui , signe du  destin? , rencontre un  jour une paumée  qui mange...du céléri rémoulade. Notre héros engage la  conversation et sa future cuisinière mais pas plus car pas d'affinités. Qui pourrait d'ailleurs en avoir pour cet handicapé des sentiments qui n'envisage les autres que par ce qu'ils peuvent ou non lui apporter ?
La situation se dégrade vite et ...suspense,fondu au noir et changement de narrateur , de rythme et d'ambiance. L'apprentie cuisinière prend la parole,  revient sur son passé (glauque)  et nous donne sa version des faits.  Tout s'éclaire  donc par petites touches et là est tout l'art de l'auteure, qui  en 93 pages arrive à nous faire comprendre toute l'intensité et la profondeur de personnages qui au début auraient pu passer pour de simples fantôches.  Une petite merveille !9782353060108
Tirez sur le caviste est en outre, c'est si rare qu'il faut le souligner, un magnifique objet que l'on a plaisir à tenir en main: format agréable, reliure soignée et couverture rigide agréable à caresser du plat de la main.
Les éditions La  branche ont fait un travail remarquable.
Cet ouvrage fait partie d'une collection (suite noire)  dirigée par Jen-Bernard Pouy, un gage de qualité  s'il en est.

23/02/2007

A la recherche du père perdu...

Marie Nimier est fille de...Roger Nimier, écrivain un peu oublié aujourd'hui mais qui eut son heure de gloire quand sa fille était tout petite.9782070320844
Marie a mis du temps à s'avouer qu'elle voulait devenir écrivain et l'on retrouve ces détours dans ce récit qui louvoie entre passé et présent.
Ni portrait-charge (et pourtant cela aurait pu être facile !)ni hagiographie, ce texte hésite un peu ne tranchant ni d'un côté ni de l'autre au gré des hésitations de l'auteure.
Parce qu'il n'avance pas droit devant lui ce texte est émouvant mais m'a laissée un peu sur ma faim (sa fin ? !).

19/02/2007

PATCHWORK

52 ou la secondes vie , ce sont 52 textes,  un par semaine, pour composer le roman qui veut dire  l'imbrication du politique et du personnel.
52 aussi, dixit l'auteure, Geneviève Brisac, pour évoquer le passage à la seconde moitié de la vie....
Je suis restée perplexe face à ces textes car, bizarrement, alors que je n'ai jamais ressenti le sentiment de "rester sur ma  faim" dans un recueil de nouvelles, tel a été le cas ici. la srtucture m'a  paru trop lâche, les personnages récurrents, aux noms très évocateurs (Ivraie, Polder...) ne suffisant pas à créer ces liens.  Le conte de fées m'a agacée ainsi que l'expression  "Alos cinco de las tarde" qui revient comme un tic de langage.
J'ai par contre beaucoup apprécié un texte déja paru dans "Elle" et que l'on peut lire ici ,ainsi que celui mettant en scène ces enfants adultes responsables qui veulent prendre en charge et "cadrer" leurs trop fantasques parents.9782879293783
Invoquer les grandes Aînées (V. Woolf, M. Duras),  posséder un style à la fois élégant et charnel  ne suffit pas toujours à charmer les lecteurs. Mais peut être avais-je trop attendu ce roman de G. Brisac...

La critique , plus enthousiaste, de Clarabel.

15/02/2007

"Le vert paradis des amours enfantines..."

Eté 1964, Mohamed, 12  ans bientôt, va pour la première fois dans la famille du frère de son père, dans le Nord de la France. Chez l'oncle, marié à une française "de souche", tous les enfants portent un prénom français et Mohamed deviendra donc provisoirement "Alphonse".
Il ne fait évidemment pas bon porter un prénom arabe en France quelques années après ce qui n'est pas encore appelé officiellement la guerre d'Algérie. Il ne fait pas bon non plus être juif ou étranger en général et le petit garçon joue le  rôle  d'électron libre qui va chambouler la petite communauté...9782266163422
Son anniversaire (hilarant !) sera le  sommet de cette tragi-comédie.
40 ans plus tard, "Alphonse" jouera un peu au chat et à la souris avec cette cousine , pas  si gentille que ça autrefois...
Ce va-et-vient entre l'enfance et l'âge adulte est à la fois drôle et émouvant , on se souvient longtemps  de  ces personnages tendres et cruels.

14/02/2007

Démontage d'un mariage

Le roman polyphonique de  Blandine Le Callet, Une pièce montée , décortique "le plus beau jour de la vie " de Florence, jeune avocate éprise de perfection et qui, de prime abord, apparaît peu sympathique.
Différents narrateursvont, chacun leur tour, nous raconter un épisode de  ce mariage et nous en proposer leur vision.372431
Le premier témoignage, la petite fille d'honneur et ses parents qui se disputent, m'a fait baîller, tant ce récit était convenu. Le prêtre qui âcle la messe parce qu'en proie au doute est un peu plus intéressant déjà. mais c'est à partir de Marie, le "mouton noir" de cette famille bourgeoise que le jeu de massacre commence vraiment et que le récit prend  son rythme.
Les apparences se fendillent et l'émotion apparaît enfin.
Ce thème du mariage révélateur paroxystique des relations entre les couples présents et des relations familales en général a déjà souvent été utilisé en littérature ou au cinéma mais l'auteure a su le traiter d'une manière agréable.
Ps: ce roman est paru chez France Loisirs et sera en poche en avril...

12/02/2007

Ah, les vaches !

Meilleur vacher d'un petit coin d'Auvergen, le Bricou a laissé périr deux vaches . Sa réputation, croit-il va en souffrir et lui aussi par la même occasion car, dès lors il se met martel en tête .Persuadé que tout le monde le dénigre, par son comportement même, il va susciter l'étonnement puis l'incompréhension et l'histoire risque  de tourner au tragique...9782912667328
A travers cette galerie de paysans auvergnats, j'ai retrouvé un peu l'univers de Maupassant mais avec une langue beaucoup plus savoureuse et un humour bon enfant (ah, ce vieil homme à qui on vole ses trous !). André Vers ne toise pas ses personnages, il les accompagne dans leur parcours.
Comme le souligne le préfacier, Philippe Claudel, Bricout, cela pourrait être chacun  d'entre nous quand nous interprétons "de travers" un geste ou une parole et que nous croyons que le monde entier nous en veut...images
Ce roman est aussi un bel objet "Achevé de réimprimer par Plein Chant à Bassac (Charente) un matin de juin 2006, pour tous ceux qui sauront être touchés par le Bricou".  Dont acte.

La critique de Cuné.

09/02/2007

Neige et lumière

André Bucher, dans son roman Déneiger le ciel ,nous conte l'histoire d'un veuf d'une soixantaine d'années, David, qui jusqu'à présent déneigeait les routes de son village mais qu'une panne de tracteur va contraindre à l'immobilité.9782848050508
Presque rien donc mais c'est là que tout commence car, la neige bloquant tout, David va partir à pied à la rencontre d'êtres chers ou encore  inconnus mais dont il se sent responsable. Ces kilomètres ,dans un paysage empêtré et où chaque geste peut tout faire basculer de  manière irrémédiable, vont lui faire prendre conscience   que : " Pour la première fois de sa vie, il ressentait à leur  paroxysme l'importance et la réalité de tous ses êtres  chers".
L'écriture est à  la fois poétique et précise , rythmée par des allusions musicales et l'on suit avec bonheur cet homme singulier qui ,à sa manière, prend soin de tous, humains et animaux, présents et disparus.


La critique de Cuné à qui j'adresse un merci tout particulier !

05/02/2007

Régalons-nous !

Le titre du roman d'Agnès Desarthe, Mangez-moi, fait référence à l'injonction figurant sur un gâteau dans Alice au pays des merveilles, gâteau qui fait changer de taille l'héroïne de L. Carroll.
Comme Alice, Myriam n'arrive pas à trouver la bonne taille pour s'adapter aux situations et elle affirme "...je ne suis pas à la mesure de ce que j'entreprends". 2879295319
Si elle décide d'ouvrir un restaurant, ce n'est pas une success story  qui nous est ici racontée mais l'histoire heurtée et émouvante d 'une femme à la reconquête d'elle même.
Comme la  Betty de Simenon, Myriam a été mise au ban de la société par sa famille. Petit à petit se reconstitue le passé de celle qui refuse la réussite et a une conception bien particulière de l'endroit qu'elle ne réussit pas à appeler "restaurant" et qui symboliquement s'appelle "Chez moi".
La sensualité de la langue s'oppose aux aspects brouillons et maladroits de l'héroïne qui ne cesse de se blesser avant de parvenir à maîtriser ses gestes et son univers, de se réajuster au monde.
Un très beau roman donc dont beaucoup de blogs ont déjà parlé (en bien !) et un merci tout particulier à Clarabel.

31/01/2007

La grande sirène

Vient de sortir en poche (5 euros, tout rond) un livre très mince mais qui, j'en suis sûre, restera longtemps à mijoter dans nos cerveaux: Le musée de la sirène de Cypora Petitjean-Cerf.2757801201
La narratrice vole un jour dans l'aquarium d'un restaurant chinois une sirène. A partir de là, par petites touches d'abord ,puis du tout au tout, , la vie de la jeune Annabelle va être bouleversée . En effet, cette sirène, qui emprunte certains traits à celles évoquées dans L'odyssée ou à celle du conte d'Andersen, va vite s'adapter à sa nouvelle existence, se révélant parfois féroce mais jamais affectueuse.La jeune femme va passer par différentes phases, timidité, repli maladif sur soi puis ouverture aux autres , la sirène jouant à chaque fois le rôle de catalyseur, mais de manière discrète.
Je suis entrée d'emblée dans cette histoire et dans cette écriture précise et lumineuse. On peut envisager ce roman comme une fable, libre à chacun d'envisager la sirène comme une métaphore de ce qu'il voudra , mais sous une apparence légère, ce roman laisse une empreinte durable...

La critique de Clarabel

22/01/2007

la vieille dame pas si digne que cela

En refermant le roman de Michel Arrivé, Une très vieille petite fille, j'ai repensé à ce qu'une de mes amies du yoga nous avait dit tout à l'heure: "On est adulte quand on ne recherche plus l'approbation des autres", citation de Jacques Salomé .9782876734470
Hé bien c'est exactement ça, la très vieille dame qu'est Geneviève recherche l'immortalité mais elle se retrouve coincée entre l'obeissance à deux consignes contradictoires : écrire chaque jour, comme son défunt père le lui avait enjoint ou désécrire comme le lui conseille fortement sa professeure de graphologie et d'astrologie transcendantale.
Finalement , elle obéit à sa professeure et commence à détruire partiellement ou pas ses journaux. C'est pour nous l'occasion de revenir sur  le passé de Geneviève et de la découvrir fille obéissante mais peut être pas si soumise que cela...Mais bon, les apparences sont sauves et l'on glisse avec légèreté sur les passages les plus amoraux.
Manipulée par son entourage mais elle aussi manipulatrice, Geneviève va finalement secouer le joug et peut être devenir adulte ...
Ce roman est étrange, rien n'est dit clairement , tout est suggéré par petites touches et l'on se prend à s'attacher à cette vieille dame en apparence si soumise..

La critique de Cuné