Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

28/08/2008

Rambo poète?

Il n'a pas l'air commode sur la photo de 4 ème  de couverture, Howard Mac Cord. Et le héros de  L'homme  qui marchait sur la lune non plus.
La" lune" est une "montagne de nulle part. Elle est délaissée par ceux qui y vivent à portée de vue, comme par ceux qui,à différents moments, peuvent être  fascinés par son isolement et sa difficulté.(...) ses charmes (...) ne sont pas évidents et ne se dévoilent qu'à de rares marginaux."
Embarqué à la suite du narrateur dans une balade dans cette montagne en plein coeur du Nevada, le lecteur  se  dit d'abord qu'il va se  régaler d'une ode à la nature, lyrisme et petits oiseaux à la clé.Que nenni !Il part surtout à la découverte progressive d'une personnalité hors du commun, au passé plein de violences et qui a une drôle de façon d'engager la conversation avec celui qui, on le découvre progressivement, le poursuit...51gf6I6uRmL._SL500_AA240_.jpg
Epris  de liberté, le narrateur se définit comme bougon, loin des montagnes  et "[il ] ne tolère pas  facilement la présence  d'une barrière entre [lui] et la courbe infinie de l'univers." Nous avons ici un homme  qui "maîtrise la monotonie", maîtrise de soi acquise par le tir ,et cette tension se , retrouve également dans la narration car petit à petit c'est dans un récit  entremêlé de souvenirs réels ou imaginaires que le narrateur  se dévoile et nous ne le lâchons plus, estomaqué par des découvertes que je vous laisse le plaisir de lire. Noces d'une nature âpre et d'un marcheur-escaladeur , "une constante  en mouvement, jamais vraiment évident  à définir par l'observation."
Le  rythme s'accélère à la fin et le roman se termine sur les chapeaux de roues. Vous restez le  souffle  coupé.
Même si on peut rester  dubitatif par rapport à  certaines  idées exprimées par le personnage, mais qui sont forcément en adéquation avec sa logique particulière, on ne peut qu'être séduit par ce texte qui rudoie  le lecteur, le happe et le fascine.

Merci à Cuné pour l'envoi.

25/08/2008

"Une coïncidence n'est qu'une explication qui attend son heure."

"Autrefois", un famille d'artistes à laquelle on s'attache immédiatement ,une route de campagne sur laquelle cheminent une mère, ses deux filles, le bébé et un chien, puis un crime horrible et soudain. Une seule survivante.9782877066532
"Aujourd'hui", à  Edimbourg, la jeune Reggie, que la vie n'a pas épargnée, semble être la seule à s'inquiéter de la disparition du docteur Hunter pour laquelle elle travaille en tant que nounou.Sa route, après bien des péripéties,  va croiser celle de l'inspecteur en chef Louise Monroe , à qui elle permettra de retrouver ce  bon vieux Jackson Brodie , détective à la retraite mais toujours prêt à aider les femmes en détresse, devenu ici une sorte de nouvel Ulysse qui ne parvient pas à retourner chez lui.
Progressivement, le lecteur, un peu désarçonné, établit le lien entre le passé et le présent. Un présent qui  va s'avérer riche de personnages malmenés par la  vie  mais  toujours prêts à relever le défi de continuer, quitte à se créer des illusions  de bonheur.
Ce livre est une totale réussite. L'intrigue policière, ou plutôt les différentes intrigues qui s'y donnent à voir ne sont qu'une toile de fond qui  fournissent à Kate Atkinson,  l'occasion d'une réflexion sur le destin ,"Ce n'est pas parce qu'il  vous est arrivé quelque chose d'horrible une fois que ça  ne peut pas se reproduire."est un leitmotiv du roman, mais les  personnages sur lesquels le destin semble s'acharner ne sont pas  pitoyables,  bien au contraire. Avec un humour ravageur, politesse du désespoir comme chacun le sait, ils combattent avec obstination et même s'ils pourraient se demander A quand les bonnes nouvelles ?  , chacun d'entre  eux témoigne de sa foi en la vie mais pas nécessairement en l'humanité...
Que ce soit les personnages principaux ou les secondaires, tous sont traités avec une grande  pertinence psychologique, on s'enthousiasme à leur suite, on rit, on pleure (pour de vrai, ce  qui  ne m'était pas  arrivé depuis belle lurette avec un livre), on est chahuté par ce roman à  la Dickens,  riche et foisonnant de vie.
Kate Atkinson nous manipule avec dextérité et on en redemande tant son style est fluide et pétillant.
Presque à chaque page, j'ai glissé un marque-pages, ce livre  en est sorti tout hérissé et moi toute chamboulée  comme  je  ne l'avais pas été depuis longtemps. J'ai eu envie de me  glisser à l'intérieur de cet univers , même en tant que plante verte, pour en profiter encore plus. Je  n'ai qu'une hâte, lire la suite car, on le sent bien, certains personnages ne demandent qu'à revenir !

Les choses  s'arrangent mais ça  ne va pas mieux, c'est ici!

22/08/2008

Huis-Clos

Drame en trois actes. D'abord la mort du père, cataclysme pour la narratrice car "Je n'existais que par tes yeux. Seule, je n'étais personne,je n'étais pas au monde."
Le père, un monstre de psychorigidité. Un monstre tout court qu'une fois mort la  fille peut "retravaill[er] à [son] désir."
Ensuite la mère ,auprès de qui la narratrice vient chercher une  parcelle d'attention mais "Dès avant ma naissance, sa vocation de mère s'est bloquée sur le seuil." Simple constat  qui n'est pas remis en cause.
Pas de tentative d'explication non plus pour l'attitude de l'amoureux , qui , prenant le relais du père la "démolit sans témoin(...) Tout le samedi, tout le dimanche, je coopère à ma mise à mort, 41GIqqMI3lLj'appartiens aux banderilles, au poignard, à l'estoc, je suis  au  centre de l'arène et il n'y a pas de spectateurs."
L'important est de préserver les apparences d'où le titre: Ma robe n'est pas froissée.
On sort du roman de Corinne Hoex le souffle court.Sans pathos, en une centaine de pages denses et âpres, l'auteure nous laisse estomaqué par cette entreprise de démolition systématique  d'un être humain.Juste le temps de souffler un peu sur une de ces longues plages de Belgique. Un livre puissant et dérangeant.

Merci à Mous pour cette  découverte.

14/08/2008

La haine dans la peau

Revenue dans la ville de son  enfance  pour mener une enquête journalistique sur des  disparitions  d’enfants, Camille va devoir  renouer avec un lourd passé qui s’inscrit encore sur sa peau…416e2Ye9iIL
Plus que l’intrigue elle-même, qui  noue le thème des scarifications à un autre que l’on devine très rapidement, j’ai aimé dans  ce roman l’atmosphère de violence feutrée que l’auteure arrive à créer. Les adolescentes de  cette petite ville donnent le frisson tant leur comportement, apparemment parfaitement  toléré par la communauté, est cynique. J’ai parfois pensé à un excellent roman de  Joyce Carol Oates  Nous étions les Mullvaney qui approfondit l’un des thèmes qui n’est ici qu’effleuré.
L’histoire d’amour est un peu convenue mais j’ai passé un bon moment délicieusement glauque !

Ps :La couv’, plus le résumé et vous avez déjà les trois quarts du roman. Il ne vous reste plus qu’à trouver le nom de l’assassin en lisant l’épilogue et l’affaire est dans le sac : vous avez économisé six euros  cinquante !

Trêve de plaisanterie, Sur ma peau deGillian Flyn ne révolutionnera pas l’histoire de la littérature policière mais il méritait mieux qu’un traitement aussi désinvolte.

11/08/2008

"Et dix jours avant Noël,je l'ai perdue."

"Et donc, une petite fille de huit ans peut-elle être amoureuse ? C'est une vraie question. Qui peut le dire ? à cet âge-là, l'amour est un petit mot si simple. On l'a sur le bout de la langue. On n'a aucune idée de son pouvoir, de ses aspérités, ou du prix à payer. Il est facile de se moquer d'une petite fille qui déclare être amoureuse- et pourtant je le déclarais." Celle qui parle ainsi c'est Eve. Recueillie par ses grands-parents après la mort soudaine de sa mère, la petite fille rousse doit affronter la méfiance des enfants du village Gallois et tenter de retrouver le fil de ses origines. En parallèle, la disparition d'une fillette vient semer la suspicion et jeter le trouble parmi les villageois. Premier roman de Susan Fletcher , la fille de l'Irlandais, 51i7eGIpxxLcouronné par deux prix littéraires en Grande-Bretagne , alterne la voix d'Eve enfant et d' Eve adulte.Sur une trame assez classique, recherche des origines,affrontement de l'hostilité d'un groupe par un individu isolé mais non sans ressources (plus d'une personne en feront les frais !), la disparition d'un enfant vient jeter une ombre . J'avoue être un peu restée sur ma faim car le superbe style de Susan Fletcher que j'avais admiré dans Avis de tempête ne trouve pas ici sa pleine mesure. Un bon moment de lecture néanmoins.

08/08/2008

Abandon...

41GaTcvmz9LLa nouvelle amie, d'après sa couverture et sa mise en bouche, avait tout pour me séduire : l'irruption dans une bourgade frileuse et figée de Nouvelle-Zélande d'une jeune femme vient tout bouleverser et en particulier les ados. Un soupçon de perversité pour assaisonner le tout et ...rien. Emily Perkins met un temps infini à nous raconter l'ennui de cette ville écrasée par la chaleur. Ses personnages sont mous comme de vieux biscuits oubliés et je n'ai pas résisté plus longtemps que la 100ème page. Soporifique en diable. Clarabel l'a lu aussi (fichu canalblog qui ne donne pas de possibilité de créer des liens...)

07/08/2008

Opération Père Nouvelle Version

Enfer et damnation!  Les parents de Claire et Joe se séparent ! D'après l'expérience du meilleur ami de Joe, le divorce n'est pas forcément en vue  sauf...si  un(e) peti(e) ami(e) potentiel(le)  pointe le nez.  Et il faudrait aussi  que  leur père , grand fan de  Starwars devant l'éternel, se montre  un peu moins rêveur et qu'il s'attelle  aux tâches ménagères pour reconquérir sa femme.51JqZQmz9ML
Pas de problème, les enfants vont prendre les choses en main et retaper leur père à coup de jogging , de ménage et de cours de cuisine "pour les nuls" . Il faut sauver papa ! ça urge car un  certain Roger Saumon rôde dangereusement  autour de leur  charmante maman. Mais"les adultes ne sont effectivement pas faits pour réagir si vite."...
Comme toujours chez Pete Johnson, les relations familiales  sont peintes avec beaucoup  d'humour et de subtilité. Les enfants par exemple se rendent  vite compte qu'ils pourraient facilement  exploiter la culpabilité paternelle à leur profit mais se montrent vite raisonnables car ils ne veulent pas devenir comme le dit Claire "cupide et manipulatrice". Ils  essaient aussi de maintenir un équilibre  des forces entre les deux parents pour préserver un  semblant d'harmonie, ce qui est très touchant. L'opération "anniversaire" par contre m'a  paru un peu artificielle  mais bon, je  ne  vais pas bouder mon plaisir.  Pas de happy end  à l'américaine-Johnson est britannique  en diable- mais une fin ouverte qu'on espère optimiste.
Les  livres  de  Johnson sont comme les bonbons Lutti:  quand on  en a  lu un, on ressent le besoin impérieux de  s'en procurer d'autres. je vous aurais prévenus !

219  PAGES. A PARTIR  DE  10  ANS.

Un autre ici.

un autre là.

06/08/2008

"Nous devons faire face à ces choses-là avec force d'âme et un doigt de sherry."

Si comme moi  vous n'avez pas aimé , malgré le battage médiatique qui avait accompagné sa sortie,Sourires de loup de Zadie Smith, sans doute aimerez vous 26A de Diana Evans.
Ce pourrait être l'histoire d'une famille anglo-nigériane en Angleterre dans les années 80 et de leurs difficultés à s'intégrer mais c'est mieux que ça. Ce pourrait être l'histoire de jumelles et de leurs relations dominante/dominée mais c'est beaucoup plus subtil que ça. C'est l'histoire d'une famille où la mère,exilée volontairement ,converse par l'esprit avec sa propre mère restée au pays. C'est l'histoire d'une communauté de soeurs, d'une communauté de femmes à la fois hypersensibles et courageuses.51waV15NZNL
Bessi et Georgia se réfugient dans le grenier de la maison familiale, ce fameux 26 A qui n'a pas d'existence  légale mais une intensité extrême et où elles acceptent parfois leur soeur aînée, la ravissante Bel ou la cadette Kemy. Nous suivons leur passage de l'enfance au début de l'âge adulte et partageons leurs craintes et leurs émois amoureux. Sans oublier un passage au pays maternel, l'occasion de découvrir qu'au Nigeria il n'y a pas si longtemps "Les jumeaux étaient une malédiction"....
Diana Evans dont c'est ici le premier livre  évite avec un art consommé tous les clichés inhérents à  ces thèmes et nous peint avec tendresse les hauts et les  bas de cette famille haute en couleurs.
Il faut accepter de se laisser perdre au début du texte par les prénoms et les liens de famille pas toujours faciles à établir et par le parti-pris des bribes de poésie qui émaillent le texte et suivre ainsi sur la pointe des pieds le chemin de ces jumelles qui au collège suscitaient "la curiosité générale éveillée par leur cosmopolitisme apparent, leur être-deux et leur bizarrerie." Se laisser saisir par l'émotion et terminer le coeur serré  ... Un vrai et grand  coup  de coeur.

Ps: il vient de sortir chez "Pocket" avec la même couverture.



05/08/2008

Belles-mères au bord de la crise de nerfs

"Elle avait cherché le mot dans le dictionnaire et avait découvert qu'il  datait de 1400, date à laquelle les bonnes vieilles mères clamsaient  à tout bout de champ sous l'effet de la consomption ou de l'épuisement et devaient être remplacées par d'autres femmes.Belle ou pas, on était dans une situation où les enfants vous avaient à l'oeil, où vous les aviez  à l'oeil, où tout le monde voyait beaucoup trop de choses."51wBTl9Aq0L
Et ils ne font pas cadeaux les enfants et ados américains dans Je ne  suis pas  Julia  Roberts* ! Laura Ruby nous entraîne dans une folle ronde de familles recomposées, alternant les points de vue, celui  de l'ancienne femme, celui de la nouvelle, tout ce petit monde étant détaillé dans un  "arbre généalogique" du plus bel effet au début du roman, chaque personnage évoluant en fait dans un tout petit cercle  où tout le monde est lié de manière plus ou moins confortable...
Avec le recul, je suis plus à même d'apprécier l'humour de ce livre mais je dois dire que  de prime abord je  suis restée interloquée par le comportement des ados  présents dans  ce roman, ados dont le job est, paraît-il d'embêter leurs parents. Certes mais on peut aussi leur rétorquer la même chose...
Un petit clin d'oeil en passant aux fans de Jane Austen, référence indispensable s'il en est :  "Je suis toujours à la recherche de M.Darcy  et je ne trouve qu'une bande  de M. Collins, ajoute-telle Avec Orgueil et préjugés, Jane  Austen  a  ruiné le mariage pour toute femme  née après 1800. On aurait dû l'emprisonner pour avoir osé suggérer que  les hommes pouvaient avoir une  vie  intérieure,quelque  chose au centre de leur être. Il n'y a guère que du nougat. Ni caramel mou ni caramel dur. (Elle  rit de son  analogie)Et tu peux  oublier les  noix."
Quant au titre il fait référence au film Ma meilleure ennemie où comme le souligne une des héroïnes,au  grand  dam des internautes de son forum de belles-mères, la première femme, incarnée par la sublime Susan  Sarandon, a la bonne  idée de mourir avant de céder la place à Julia Roberts, la deuxième épouse et belle-mère inexpérimentée.
C'est gentiment subversif, mais à mon avis ça ne fait qu'effleurer les problèmes et la souffrance que peut parfois engendrer ce type de situation. Personne n'a  jamais rêvé de  devenir la belle-mère des enfants d'une autre, non ?

*Réflexion de l'Homme : "On le sait. T'as pas besoin de l'écrire." Grrr:)

15/07/2008

"Les balances à crabes orange devant la maison. La rangée de goélands argentés."

Moïra,"Dure comme un galet", "dure, obstinée" tente de tisser un lien avec sa soeur cadette dans le coma suite à une chute inexpliquée.411MILhwjeL
"Amy,c'est moi qui  te parle,je veux que tu le saches. Ce ne sont pas des mots pris dans  des livres,, ou des magazines. C'est moi qui les dis, moi qui me suis toujours si rarement exprimée par des mots, les mêmes que tout le monde mais par des nombres, par des symboles, des marques sur la peau. [...] Mais ces mots , ils sont aussi  dans ma  tête. c'est la voix de mon esprit, qui ne  se tait jamais, et ce sont mes pensées:  vives, miroitantes comme des écailles de maquereau.  Elles surgissent par éclairs dans mon cerveau  pendant que je marche, ou que je lis. Que je plante des jacinthes,agenouillée dans l'herbe de la  pelouse. Que je ferme els fenêtres de  cette  chambre quand je sens venir la pluie."
Moïra remonte le cours du temps, petit à petit les pièces du puzzle s'emboîtent et l'on comprend pourquoi la narratrice ,toute sa vie s'est "tenue à la frontière" de l'amour, de l'amitié, de la vie.
Une voix mesurée, calme et dense qui se fraie un chemin en nous. Un style imagé, dont on pourrait quasiment  extraire des haïkus, charnel et placé sous le signe de l'eau. Une vraie et belle découverte. Un livre magique.

Avis de tempête Susan Fletcher 444 pages.